L’Identité n°43

07/05/2015

Printemps 2015

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Editorial: Identité, liberté et connaissance, par Vincent Citot

Entretien avec Jean-Claude Milnern°43-1e-de-couv

Propos recueillis par Jean-Claude Poizat

Entretien avec François Laruelle

Propos recueillis par Vincent Citot et Alex Peltier

–Le rôle de l’identité nationale dans le républicanisme critique, par Sophie Guérard de Latour

–L’Identité individuelle et les contextualisations de soi, par Alex Mucchielli

–L’identité nosologique en question, par Emmanuel Martin

–L’hétérologie de l’Europe : crise identitaire ou défi altéritaire ?, par Aliénor Ballangé

–Qui suis-je ? Identité-ipse, identité-idem et identité narrative, par Philippe Cabestan

–Travail et identité chez Levinas : la dimension économique de l’existence comme réalisation de soi, par Simon Wolfs

Les livres passent en revue

–L’hébreu, une philosophie de Shmuel Trigano, par Jean-Claude Poizat

–J.K. Rowling pédagogue, par Baptiste Jacomino

–Notices sur quelques publications récentes et ouvrages envoyés à la rédaction

Hors-Thème

–Grandeur et décadence de la philosophie romaine, par Vincent Citot

Le n°44 de la revue sera consacré au thème de « L’Utopie ».

La date limite de remise des contributions (articles, recensions, entretiens, traductions) est fixée au 1er septembre 2015.

Le n°45 de la revue sera consacré au thème de « La Mort ». Date limite des envois : 1er janvier 2016.

Les  contributions sont à envoyer à l’adresse lephilosophoire@hotmail.fr (en ayant consulté au préalable notre charte éditoriale).

Identité, liberté et connaissance

Vincent Citot

La question de l’identité ne se pose pas de la même manière à propos d’une formule logico-mathématique, d’un objet quelconque, d’un être vivant, d’un être humain, ou encore d’une société. Dans le raisonnement formel, l’identité – même quand elle ne se réduit pas à la tautologie – est claire, nette, peu susceptible de contestation ou d’interprétation. Chercher l’identité d’une chose (sa spécificité, sa nature profonde, sa définition, son essence ou sa singularité) est déjà une opération plus ambiguë. Tout dépend du point de vue selon lequel nous la considérons, et ce que nous voulons mettre en évidence. La recherche se complique encore s’agissant de l’identité d’un être vivant. A fortiori s’il est question d’un animal doué de sensibilité : faut-il privilégier son identité-vécue (le définir par l’ensemble de ses comportements intentionnels et finalisés) ou son identité-objective (ne considérer ces comportements que comme des mécanismes biologiques, de sorte que l’identité se réduise au phénotype) ? L’éthologue caractérise-t-il mieux les conduites animales en comprenant leurs motifs ou en les expliquant par leurs causes ? Dans tous les cas, l’identité du vivant n’est pas principalement une question de substance puisque, au cours de sa vie, un organisme peut renouveler plusieurs fois la quasi-totalité de la matière qui le constitue (les cellules vieillissantes étant remplacées par de nouvelles, dont les éléments sont empruntés à l’environnement). L’identité d’un vivant tient davantage de l’organisation et du fonctionnement organique que de la matière brute en tant que telle – car il n’est pas constitué d’atomes différents de ceux du monde “extérieur”. Qu’une identité doive se penser comme fonctionnement, dynamisme et même inchoativité (transformation perpétuelle de l’identité), voilà qui est paradoxal. L’identité du vivant est inassignable en dernière instance.n°43-1e-de-couv

Mais les choses se compliquent encore si l’on cherche à déterminer l’identité d’une personne humaine. Nous ne sommes pas le même individu à dix ans, vingt ans, ou soixante-dix ans. Et du jour au lendemain, d’une heure à l’autre ? Quels facteurs déterminent la constance et le changement ? Les circonstances et les événements extérieurs, ou bien quelque revirement intérieur, ou bien les deux selon un rapport dialectique – comme le montrait Sartre dans ses biographies philosophiques ? Une personne est le fruit d’un travail de personnalisation – qui n’est jamais tout à fait achevé. Qu’est-ce à dire, sinon que l’homme est libre ? Qu’est-ce à dire, sinon qu’il n’a pas d’identité fixe ? Il est ce qu’il se fait être, et pas seulement ce dont il hérite génétiquement ou socialement. Nous sommes, partiellement au moins, responsables de notre identité. A la morale, il revient d’insister sur cet aspect ; aux sciences humaines, il revient d’en limiter la portée (car nous sommes aussi ce que notre enfance, notre époque et notre société font de nous) ; la philosophie doit quant à elle coordonner et penser ces différents points de vue contradictoires.

Qu’en est-il, enfin, de l’identité d’un collectif humain – communauté, société, civilisation ? On se doute qu’un groupe d’individus partiellement libres ne peut être lui-même tout à fait déterminé ; et donc qu’il est pour partie responsable de son identité. Comme l’individu, il est ce qu’il se fait être, par son action historique. Mais il serait naïf de croire que des hommes en groupe peuvent agir avec un degré de responsabilité égal à celui d’un homme isolé. De ce point de vue, il en va des individus en société comme des molécules dans un gaz. La mécanique quantique a montré que le comportement des particules était indéterminé (ou imprévisible) à une certaine échelle. Cela n’empêche pas que les lois macroscopiques des gaz soient déterministes. L’analogie avec l’homme n’est pas mauvaise : aucun démographe ne peut prévoir le comportement de tel ou tel individu, mais globalement, il sait (avec une bonne approximation) que la population de tel pays va connaître telle évolution et telle inflexion de son identité. En un sens, il est donc difficile pour un collectif d’être responsable de “lui-même”, car les volontés de ses membres entrent en interaction les unes avec les autres, et semblent s’annuler mutuellement (ce qui n’exclut pas que, en dernière instance, les individus doivent au collectif leur culture, leur langue, leurs valeurs, et finalement leur liberté). Les libertés ne s’additionnent guère, et peinent à se coordonner au-delà d’un certain seuil. Difficulté, non impossibilité. Pour poursuivre l’analogie, les physiciens admettent que le déterminisme macroscopique n’est en fait qu’une très forte probabilité – les vérités du niveau supérieur ou social ne remettent pas en cause celles du niveau inférieur ou individuel. Bref, nous retrouvons, à l’échelle des collectifs humains, le chiasme de la liberté et du déterminisme, de la responsabilité citoyenne d’une part, et des lois sociologiques, économiques, démographiques ou historiques d’autre part.

De là, deux types de naïveté. Premièrement, un certain prométhéisme angélique portant à croire que les peuples, les nations et les civilisations peuvent déjouer les lois sociales millénaires et s’inventer des identités nouvelles selon des plans préalablement tracés dans “le monde des idées”. Les hommes n’ont pas autant de pouvoir sur eux-mêmes et, comme a dit Pascal après Montaigne : « qui veut faire l’ange fait la bête ». Autrement dit : cet idéalisme risque de nous faire retomber en enfer, dont on sait qu’il est “pavé de bonnes intentions”. L’erreur symétrique (deuxièmement) consiste à penser l’histoire comme un processus aveugle, un pur mécanisme, et affirmer que les sociétés sont impuissantes à redéfinir leur identité. En un mot, que la responsabilité politique n’existe pas.

Par-delà l’idéalisme et le réductionnisme, il faudrait concevoir un humanisme critique qui prenne la juste mesure de la responsabilité des hommes dans l’histoire qu’ils font. La question de l’identité nationale, qui est au cœur de nombreuses polémiques dans les pays occidentaux, devrait ainsi se poser en termes d’engagement et de connaissance : quelle identité voulons-nous construire ou préserver, inventer ou protéger, étant données les réactions sociales et les évolutions démographiques prévisibles ? Posons-nous la question des fins, et renseignons-nous sur les moyens. Le pire serait de renoncer à vouloir (par fatalisme, déterminisme, ou en confiant à une petite élite politique les choix décisifs) et de renoncer à savoir (en rêvant d’un monde où les lois sociales fussent autres qu’elles ne sont).

Le numéro 43 du Philosophoire portera sur le thème de « L’Identité ».  Ce thème peut s’entendre en un sens large et de multiples façons. Les articles interrogeant l’identité individuelle comme ceux qui traitent des formes collectives d’identité (communautaire, nationale, culturelle, etc.) sont les bienvenus. La problématique peut relever de la philosophie générale ou plus spécifiquement de la philosophie politique, éthique, juridique ou encore de la philosophie des sciences (ethnologie, démographie, sociologie, psychologie, histoire, etc.).

La date limite de remise des contributions (articles, recensions, entretiens, traductions) est fixée au 20 janvier 2015, à l’adresse lephilosophoire@hotmail.fr (en ayant consulté au préalable notre charte éditoriale).

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